Le documentaire

Archives audiovisuelles et film d'archives : où chercher, comment les utiliser

Le documentaire · · Publié le 2026-10-17

Boîte métallique ronde de film 35 mm, étiquetée, posée sur une étagère d'archives
Boîte de film 35 mm dans un fonds d'archives audiovisuelles. Photo : DR Kulturarvsprojekt, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Un film d'archives ne se fabrique pas avec une caméra mais dans des fonds : bobines de films, bandes vidéo, émissions de télévision, films de famille, photographies. Le cinéaste y cherche des images, les sélectionne, en vérifie l'origine, négocie les droits, puis les fait dialoguer au montage. En France, ce travail s'appuie sur un réseau d'institutions publiques parmi les plus anciens et les plus riches au monde.

À savoir

Trois grandes institutions publiques assurent le dépôt légal des images animées : l'Institut national de l'audiovisuel pour la radio et la télévision, le Centre national du cinéma et de l'image animée pour les films de cinéma, et la Bibliothèque nationale de France pour les vidéogrammes et une partie des documents multimédias. S'y ajoutent les cinémathèques, les archives départementales et des associations régionales qui collectent les films amateurs. Consulter une archive est une chose ; la réutiliser dans un film demande presque toujours une autorisation.

Le dépôt légal des images

Le dépôt légal oblige les éditeurs, producteurs et diffuseurs à remettre un exemplaire de leurs œuvres à une institution chargée de les conserver et de les rendre consultables. Pour l'écrit, il remonte au XVIe siècle ; il a été étendu progressivement aux images, aux sons, puis au web. La loi du 20 juin 1992 relative au dépôt légal, aujourd'hui intégrée au code du patrimoine, a confié à l'INA la collecte des programmes de radio et de télévision.

Concrètement, l'INA capte et conserve en continu les programmes de nombreuses chaînes et radios. Les films de cinéma sortis en salle font l'objet d'un dépôt auprès du CNC, qui conserve les éléments dans ses archives. La BnF reçoit notamment les vidéogrammes édités (cassettes, DVD) et collecte une partie du web français.

Les grandes institutions à connaître

L'Institut national de l'audiovisuel (INA)

Créé en 1975, à la disparition de l'ORTF, l'INA conserve les archives de la radio et de la télévision publiques, puis, au titre du dépôt légal, celles de l'ensemble des diffuseurs. Une partie de ses collections est accessible gratuitement en ligne pour le grand public ; les chercheurs consultent le reste dans des espaces dédiés, notamment à la BnF et dans des centres en région. Les professionnels achètent des droits d'utilisation pour les extraits qu'ils intègrent à un film.

Le CNC et ses archives

Le Centre national du cinéma et de l'image animée conserve des collections considérables de films, en particulier sur son site historique de Bois-d'Arcy, dans les Yvelines. Il mène des programmes de restauration et de numérisation du patrimoine cinématographique, y compris de films documentaires et d'actualités.

Les cinémathèques

La Cinémathèque française, fondée en 1936, est la plus connue. D'autres jouent un rôle majeur, dont la Cinémathèque de Toulouse, créée dans les années 1960, qui conserve d'importantes collections de films et de documents et intéresse directement les chercheurs travaillant sur l'Occitanie. Les cinémathèques programment aussi des séances publiques où les films d'archives retrouvent un écran.

Les archives départementales et locales

Les archives départementales, celles du Lot ou du Tarn-et-Garonne par exemple, conservent surtout des documents écrits et des photographies, mais de plus en plus de fonds audiovisuels : films de communes, d'associations, de particuliers. Leurs inventaires sont souvent consultables en ligne. Les archivistes connaissent aussi les fonds conservés par d'autres structures du territoire.

Le film amateur, une mémoire précieuse

Des années 1920 aux années 1980, des milliers de familles ont filmé en 9,5 mm, 8 mm ou Super 8 : mariages, vendanges, fêtes de village, voyages, travaux des champs. Ces images, longtemps reléguées au fond des placards, sont aujourd'hui recherchées par les historiens et les cinéastes. Elles montrent ce que les actualités ne filmaient pas : la vie ordinaire, les paysages ruraux, les gestes de métiers disparus.

Plusieurs associations et cinémathèques régionales collectent, numérisent et documentent ces films, avec l'accord des familles. Si vous détenez des bobines anciennes, ne les jetez pas et ne tentez pas de les projeter si elles sont abîmées : un film ancien se dégrade, et un passage dans un projecteur peut l'endommager définitivement. Renseignez-vous auprès des archives de votre département.

Réutiliser une archive : les droits

Qu'une image soit ancienne ne signifie pas qu'elle soit libre. Une œuvre audiovisuelle est protégée par le droit d'auteur pendant soixante-dix ans après la mort du dernier survivant de ses principaux coauteurs (réalisateur, scénariste, auteur des dialogues, compositeur de la musique écrite pour l'œuvre), et d'autres droits peuvent s'ajouter : ceux du producteur, des interprètes, des personnes filmées, de la musique. Le droit français ne connaît pas d'équivalent au fair use américain ; l'exception de courte citation prévue par le code de la propriété intellectuelle est interprétée de manière étroite pour les images.

En pratique, la production d'un film d'archives comprend une ligne budgétaire spécifique pour l'achat des droits, et un travail de recherche des ayants droit qui peut prendre des mois. Les institutions publiques ont des grilles tarifaires et des conditions d'usage publiées. Pour une projection non commerciale ou un usage pédagogique, des conditions particulières existent parfois : renseignez-vous auprès de l'institution qui détient l'image.

Monter des archives sans les trahir

Une image d'archive arrive avec un contexte : qui l'a tournée, pour qui, dans quel but, avec quel commentaire d'origine. Une image d'actualités des années 1940 peut être une image de propagande. Un plan d'illustration utilisé dans un journal télévisé peut avoir été tourné ailleurs que ce que le commentaire laissait entendre. Le travail du cinéaste consiste aussi à documenter ces origines.

Quelques règles de bonne pratique s'imposent : indiquer les sources au générique, éviter de faire passer une image pour ce qu'elle n'est pas, signaler les reconstitutions et les colorisations, ne pas modifier le sens d'un témoignage par le montage. Ces exigences rejoignent les questions posées par le cinéma direct sur la responsabilité du cinéaste, et celles que nous évoquons à propos des genres du documentaire.

Par où commencer une recherche

  1. Définir ce que l'on cherche : période, lieu, événement, type d'image. Plus la demande est précise, plus la recherche est rapide.
  2. Consulter les catalogues en ligne de l'INA, du CNC, de la BnF et des archives départementales concernées.
  3. Contacter les documentalistes : ils connaissent des fonds non numérisés ou mal indexés.
  4. Identifier les ayants droit de chaque image retenue et demander les conditions d'utilisation avant le montage définitif.
  5. Garder une trace de chaque source (cote, date, conditions), indispensable pour le générique et les contrats.

Ces étapes s'intègrent dans la préparation du dossier de film, que nous présentons dans écrire et financer un documentaire.

Sources