Cinémas de proximité et classement art et essai : comment vivent les petites salles

La France a conservé un parc de salles de cinéma très dense, y compris dans des villes de quelques milliers d'habitants. Beaucoup de ces cinémas de proximité ne comptent qu'un ou deux écrans. Ils sont gérés par une commune, une association, une société familiale, parfois avec l'aide de bénévoles. Leur survie tient à un équilibre fragile entre films grand public, programmation art et essai, séances scolaires et soutien des pouvoirs publics. Voici comment ils fonctionnent, et pourquoi ils comptent autant pour les territoires ruraux.
Le classement art et essai, attribué par le Centre national du cinéma et de l'image animée après avis d'une commission, reconnaît les salles qui programment une proportion importante de films recommandés et les accompagnent par des animations. Il peut être complété par des labels : Jeune public, Recherche et découverte, Patrimoine et répertoire, auxquels la réforme présentée par le CNC en juin 2024 a ajouté « 15-25 ans » et « court métrage ». Il ouvre droit à une aide annuelle. Selon le CNC, cette réforme s'accompagne d'un budget consacré à l'art et essai porté à 19 M€.
Qui gère les petites salles ?
Les cinémas de proximité relèvent de statuts très divers :
- Salles municipales ou intercommunales, gérées en régie ou confiées à un prestataire. La collectivité est propriétaire du bâtiment et finance souvent les travaux.
- Salles associatives, nombreuses dans les petites villes, où des bénévoles assurent l'accueil, la caisse ou la communication aux côtés de quelques salariés.
- Salles privées indépendantes, souvent familiales, parfois depuis plusieurs générations.
- Circuits itinérants, pour les communes sans salle fixe, que nous présentons dans cinémas itinérants.
Quel que soit son statut, une salle de cinéma qui vend des billets est un exploitant : elle doit disposer d'une autorisation d'exercice délivrée par le CNC et déclarer ses entrées, qui servent notamment au calcul de la taxe sur les entrées alimentant le soutien public au cinéma.
Le classement art et essai
Le classement art et essai existe depuis plusieurs décennies. Le président du CNC établit la liste des films « recommandés » art et essai, selon des critères fixés par le code du cinéma et de l'image animée : œuvres de recherche ou de nouveauté, œuvres de qualité n'ayant pas obtenu l'audience qu'elles méritaient, « classiques de l'écran », courts métrages, films reflétant la vie de pays dont la production est peu diffusée en France.
Une salle est classée lorsqu'elle programme une part suffisante de ces films, appréciée selon la taille de la commune et la situation concurrentielle. Une salle de petite ville n'est donc pas jugée comme une salle de centre-ville parisien : on tient compte de son public et de son environnement. L'accompagnement des films compte aussi : débats, rencontres, ciné-clubs, travail avec les écoles. Parmi les critères mis en avant par la réforme de 2024 figurent d'ailleurs la politique de diffusion des documentaires et l'animation d'un ciné-club.
Le classement ouvre droit à une subvention annuelle. La commission du cinéma d'art et d'essai, composée de professionnels, donne un avis au président du CNC, qui décide.
Les labels
| Label | Ce qu'il reconnaît |
|---|---|
| Jeune public | Un travail régulier en direction des enfants et des adolescents : programmation adaptée, séances scolaires, animations, accompagnement des dispositifs d'éducation à l'image. |
| Recherche et découverte | La programmation et l'accompagnement de films plus exigeants ou plus fragiles, de cinéastes peu connus ou de cinématographies peu diffusées. |
| Patrimoine et répertoire | La place donnée aux films anciens, restaurés ou ressortis, et leur mise en valeur. |
| 15-25 ans | Créé par la réforme de 2024 : les actions menées en direction des adolescents et des jeunes adultes. |
| Court métrage | Créé par la réforme de 2024 : la programmation et la mise en valeur des courts métrages. |
Pour une petite salle rurale, le label Jeune public est souvent le plus naturel, tant les séances scolaires et familiales représentent une part importante de l'activité. Voir notre article sur l'éducation à l'image.
Le rôle des collectivités
Les communes et intercommunalités sont souvent propriétaires des murs et financent les rénovations. Le code général des collectivités territoriales, à son article L2251-4, les autorise à attribuer, sous conditions, des subventions aux entreprises exploitant des salles de cinéma qui réalisent un nombre limité d'entrées ou qui sont classées art et essai. Les départements et les régions interviennent aussi, en particulier pour l'investissement et pour les circuits itinérants.
Le CNC propose de son côté des aides sélectives à la création et à la modernisation des salles dans les zones insuffisamment équipées, et un soutien automatique alimenté par les entrées, que l'exploitant réinvestit dans ses équipements.
Ce qu'une salle apporte à une petite ville
Un cinéma de centre-bourg n'est pas seulement un lieu de loisirs. Il attire des habitants des villages alentour, qui fréquentent aussi les commerces. Il accueille des séances scolaires, des associations, des débats publics, des festivals. Il propose une sortie accessible, à un prix plus modéré qu'en ville. Les élus le considèrent de plus en plus comme un équipement de revitalisation des centres anciens, au même titre qu'une médiathèque.
Pour les nouveaux habitants, la présence d'une salle à distance raisonnable fait partie de la qualité de vie, comme une école ou un marché. C'est vrai dans le Lot comme ailleurs.
Le documentaire dans les petites salles
Les salles de proximité sont des lieux importants pour le documentaire. Un film documentaire sort souvent avec peu de copies et de publicité ; c'est la salle classée art et essai qui le programme, l'accompagne d'un débat, invite le cinéaste. En novembre, beaucoup participent au Mois du film documentaire. Les documentaires liés au territoire, à l'agriculture, au patrimoine ou à l'environnement y rencontrent un public souvent nombreux.
Soutenir sa salle de proximité
- Y aller régulièrement, y compris en semaine et pour des films que l'on ne connaît pas.
- Proposer son aide si la salle est associative : accueil, communication, organisation de débats.
- Suggérer des films ou des partenariats (associations, médiathèque, établissements scolaires).
- Assister aux séances spéciales et aux rencontres, qui justifient le classement art et essai.
Sources
- Centre national du cinéma et de l'image animée, « Classement art et essai », cnc.fr.
- Centre national du cinéma et de l'image animée, communiqué « Réforme du classement art et essai », juin 2024.
- Code général des collectivités territoriales, article L2251-4, sur Légifrance.
- Code du cinéma et de l'image animée, partie réglementaire, articles D. 210-3 et D. 210-4 (définition de l'œuvre d'art et d'essai), reprise dans la FAQ « Art et essai » du CNC.
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